Initié à l’occasion des 500 ans du Havre en 2017, “Un été au Havre” présentait 6 nouvelles œuvres d’art pour sa dixième édition du 27 juin au 20 septembre 2026.
La ville qui n’existait pas n°4 : la Maison des rêves (2050-2612)
- Une cabine téléphonique fonctionnelle au look Perret, depuis laquelle le public peut écouter des récits mêlant témoignages et intelligence artificielle.
Cette œuvre est le quatrième volet et l’aboutissement du cycle La ville qui n’existait pas. Dans ce projet mené depuis 2023, Grégory Chatonsky imagine le passé, le présent et le futur d’un Havre alternatif, imaginé avec une Intelligence Artificielle.
Une cabine téléphonique surgit dans l’espace public, à la fois étrange et familière. Inspirée de « La Parisienne », modèle emblématique longtemps présent dans le paysage français, elle reprend plusieurs éléments caractéristiques du vocabulaire architectural d’Auguste Perret, auteur de la reconstruction du centre-ville : structure en béton irisé, claustras et rambardes en acier.
À l’intérieur, un combiné violet, moulage de la main de l’artiste, diffuse des récits lus par les habitants, dont la voix a été synthétisée par l’IA. Ces voix sont les mémoires de cette ville qui n’existait pas ; s’adressant à nous depuis l’an 2612, elles racontent leurs souvenirs d’une cité qui a été envahie par les eaux. La maison des rêves est un objet mutant, qui invite à arpenter les songes de cette ville alternative, à en explorer le passé et l’avenir.
Le travail de Grégory Chatonsky explore les relations ambiguës entre technologies et existence. Qu’il recoure à des médiums numériques ou traditionnels, l’artiste développe un corpus où langage, corps, ville, extinction, réseau, paysage et mémoire tissent une fiction sans narration.
Sur le motif
- Un périscope installé Quai de Southampton, à l’endroit précis où Claude Monet a peint Impression, soleil levant en novembre 1872
Peindre « sur le motif » consiste à peindre directement face à son sujet, pour en saisir l’instant brut. Ce motif est ici le port du Havre, tel que l’a immortalisé Claude Monet avec le célèbre Impression, soleil levant, réalisé depuis l’hôtel de l’Amirauté le 13 novembre 1872, à 7h35. Cette toile, la première qualifiée « d’impressionniste », ouvrit la voie à une nouvelle manière de regarder et représenter le monde.
Sur le motif reconstitue le point de vue du deuxième étage de l’hôtel depuis lequel Monet a peint son chef-d’œuvre. Tout en mettant en scène une vision réfléchie du paysage, ce dispositif poétique est une incitation au rituel : observer cet endroit comme il l’a été par le passé, et le regarder encore, aujourd’hui et plus tard, pour y reconnaître ou non la même « impression ». Gravées au pied de l’œuvre, plusieurs dates nous donnent rendez-vous au 13 novembre des années durant lesquelles les conditions de lumière et de marée seront au plus proches du tableau originel.
Guillaume Aubry est un artiste, architecte et chercheur français. Son travail s’inspire de la course des astres, tout en interrogeant notre rapport commun et intime aux paysages. Dans le cadre du doctorat RADIAN, il a réalisé une thèse portant sur l’expérience esthétique des couchers de soleil.
Corallium
- Cette sculpture participative aux airs de corail est composée d’empreintes de mains d’habitants du Havre.
Corallium est un ensemble de sculptures évoquant des coraux qui semblent émerger de l’eau pour proliférer dans la ville. Installées aux abords du bassin du quartier Saint-François, elles rappellent le lien étroit qui unit ici l’activité humaine et son environnement maritime.
En s’approchant, les visiteurs découvrent que ces organismes marins sont composés d’une multitude de mains humaines, provenant de séances de moulages réalisées avec la complicité des Havrais et Havraises. Elles forment une foule silencieuse qui laisse deviner la pluralité des identités, des histoires et des vies qui la composent. La main est une forme de langage : selon sa gestuelle, elle peut exprimer l’affection, le soutien, l’union…
Si les récifs coralliens sont aujourd’hui menacés par le réchauffement climatique et la surpêche, ce « corps-corail » est une créature mutante qui, comme l’organisme dont elle s’inspire, se multiplie pour former un ensemble vivant et croissant.
Charlotte Huard est étudiante à l’ésadhar (École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen). Son travail, à la croisée du volume et de l’image, s’intéresse au biomorphisme et aux relations sensibles entre l’humain et la nature.
Spinning around
- Une série de miroirs rotatifs qui fragmentent et recomposent l’architecture havraise selon les mouvements du vent et des visiteurs.
Spinning Around est une installation composée de 14 modules disposés sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ces miroirs rotatifs se mettent en mouvement au gré du vent ou par le geste du visiteur. Ils reflètent alors leur environnement, dans une danse silencieuse qui fait valser les décors baroques de la cathédrale, les lignes modernes des immeubles d’Auguste Perret, les variations des ciels normands. Depuis le sol, l’installation offre des points de vue inédits sur la ville et les multiplie, à la manière d’un kaléidoscope qui décomposerait et recomposerait sans cesse le patrimoine.
Entre design et chorégraphie, l’œuvre invite les passants à jouer avec la ville pour la mettre en mouvement et mieux en révéler le passé et le présent.
Elle traduit la volonté pour Sophia Taillet, de créer des objets mobiles et qui engagent un rapport au corps.
Artiste et designer française, elle se situe à la croisée de l’art, du design et de l’artisanat, interrogeant la matière, le geste et le mouvement. À travers ses objets et installations, elle révèle les qualités et les potentialités des matériaux qu’elle explore, notamment le bronze, le verre et le métal.
Sculpture flottante, Icebergs
- L’œuvre aux multiples perspectives dialogue avec les constructions urbaines qui l’entourent, évoquant des glaces polaires au cœur de la ville.
Un groupe d’icebergs apparaît dans le bassin du Commerce, en plein centre-ville du Havre. Ces imposantes masses de glace, qui se détachent du Groenland et de l’Antarctique, voguent parfois pendant des années sur les mers : celles-ci ont dérivé jusqu’au cœur de la cité océane.
L’étonnement provoqué par cette scène laisse rapidement place à la contemplation. Il s’agit bien de sculptures flottant délicatement à la surface de l’eau. Leurs formes abstraites et organiques contrastent avec l’architecture rectiligne alentour, tout en faisant écho aux courbes immaculées du Volcan imaginé par Oscar Niemeyer. Elles convoquent les imaginaires que l’on projette sur les paysages polaires, d’immenses terres glacées et vierges de toute humanité, propices à l’émerveillement.
Icebergs est un morceau de fraîcheur au cœur de l’été ; c’est aussi une évocation de l’enjeu de la fonte des glaces, habituellement si lointain, qui surgit alors dans notre quotidien.
Gaspard Combes est un artiste franco-suisse dont les sculptures, principalement présentées dans l’espace public et imaginées pour leur environnement, s’inspirent en grande partie de la géologie. Ses œuvres jouent avec l’immobilité de la matière, tout en créant des dialogues entre le naturel et l’artificiel, l’archaïsme et le monde contemporain.
Les génies aussi passent le permis
- Le square Albert-René accueille une vingtaine d’amphores pleines de couleurs, de fantaisie et de créatures fantastiques.
« Et si les génies, en dehors de leur lampe à huile, avaient un pied-à-terre ? Une jarre rénovée selon leurs désirs, un refuge façonné de vœux ? Car les génies ne sont faits que de cela : de rêves exprimés. » Samuel Trenquier.
Avec la complicité des Havraises et des Havrais, Samuel Trenquier déploie sa fantaisie colorée pour imaginer les demeures idéales de génies : une succession de jarres peintes disséminées sur la place Albert René.
Dans ce parc, les habitants du Havre passent leur brevet cycliste depuis plusieurs générations, en parcourant cette reproduction miniature de routes, de ronds-points et de signalétique. Les jarres peintes transforment, le temps d’un été, le parc en petite cité de personnages imaginaires. Sur leurs surfaces, éléments du quotidien et références mythologiques - artistiques dialoguent pour former un assemblage bigarré, coloré, de vœux récoltés et de récits inventés.
Samuel Trenquier est un artiste français vivant en Belgique dont les sculptures, les peintures, les dessins ou les broderies déploient un foisonnement hallucinatoire de lignes et de couleurs. Les scènes dépeintes, au cœur d’une faune luxuriante, semblent élever des motifs triviaux au rang de récits légendaires.
Quatre de ces jarres ont été réalisées au cours d’ateliers participatifs menés par Samuel Trenquier et Léonard Thoyer, artiste plasticien, avec les enfants des centres de loisirs Ferme du Mont Lecomte et Molière, les jeunes de l’association Maison du Cœur, les membres des clubs des aînés et de la Résidence autonomie Massillon.
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